Barbares et gens ordinaires
C’est parce qu’ils sont commis par des gens ordinaires, que les crimes les plus atroces nous sont incompréhensibles.
Instinctivement, à la découverte d’un massacre, d’un génocide, ou encore d’un meurtre particulièrement odieux, nous cherchons à voir comme coupables les monstres qui ont peuplé notre enfance, dans les contes ou dans la réalité.
Nous cherchons peut-être un faciès hideux, une puissance musculaire difforme, des haillons ensanglantés… Ou alors, ne nous vient à l’esprit qu’une image volontairement floue, sombre, rendue menaçante par l’absolu manque d’informations qu’elle nous livre.
Là, oui, nous arrivons à accepter la réalité de la boucherie, saturant les sens, que représente un massacre. Les blessures les plus horribles, la dégradation corporelle la plus inattendue nous semble quasi normale; on s’y attend, car oeuvre d’un monstre.
Mais, comment transposer cette non-définition du monstre à l’image, bien trop réelle, du fils du boulanger, du voisin, ou de l’aimable gérante de la supérette du coin.
Comment accepter de voir ces visages, avec leurs sourires ou leurs cernes, leurs rides, toutes ces formes si humaines, sous les masques et couvre-chefs de ces milices de l’Ombre. Celles-là même que notre imaginaire nous suggère, pour nous faire accepter l’innomable capacité de notre espèce au carnage le plus dénué de toute forme d’instinct de vie.
Peut-être préférons nous imaginer ces monstres anonymes, ces ombres menaçantes, de peur de devoir envisager l’idée, plus inconcevable encore, que nous pouvons nous mêmes être un jour ce visage si humain, et pourtant artisan de l’innomable ?
Malheureusement, ne pas faire face, ne pas se forcer à imaginer, c’est autoriser l’Histoire à se reproduire.
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