Etrange Boudha
Ce jour, je suis tombé sur une bien étrange représentation du Boudha.
Petit morceau de bois posé sur un bureau, à peine de quoi remplir le creux d’une main adulte.
Légèrement patiné par endroits, crasseux à d’autres, il affiche à la fois les marques d’intérêt que lui portent les visiteurs de ce cabinet médical, et l’agnosticisme de son propriétaire.
Le bois en est quelconque, voir même plutôt laid. Les veines qui le parcourent, tout comme sa couleur café au lait, lui donnent l’aspect d’une babiole de bazar à gogos.
Sa première acroche, son premier élément dérangeant, c’est son aspect ; ses lignes compactes, massives, l’inscrivent dans un cube. Mais pourtant, les courbes de ces mêmes lignes, la position qu’elles donnent au corps, amènent à l’esprit une sphère solidement ancrée sur son socle.
Déjà, l’esprit s’en trouve inconsciement incomodé.
La position du corps prolonge le sentiment, et intrigue.
S’il est comme souvent pour un Boudha, assis en lotus, le buste est totalement recourbé vers l’avant, cachant le visage dans les mains, prolongations des avants-bras posés sur les cuisses.
On ne sait s’il est simplement endormi, ou si un désespoir sans nom l’afflige.
Un détail s’impose ensuite, évident : la musculature.
Ce Boudha est puissant. Les muscles des bras sont à la fois volumineux et saillants, comme peuvent l’être ceux d’un excellent gymnaste en plein effort.
L’arrondi du dos est profondément creusé par le sillon de la colonne vertébral, révélant ainsi une masse imposante de force contenue.
La partie visible des mains les laissent imaginer courtes, carrées et d’une puissance accordée aux bras les portant. La tête est lourde, la nuque noyée dans la masse du dos.
Ce dieu est physique, terrestre. Une force de la Nature. En contradiction avec l’essence divine ?
Quelque chose dérange …
On ne sait si c’est son apparente insignifiance, qui la rend justement très proche de la pensée qu’elle représente. Ou encore la position; difficile d’accepter la réalité du désespoir d’un tel être.
Elle n’est même pas « bien » sculptée; certaines lignes sont trop brusques, d’autres inexistentes. Il n’y a pas là l’harmonie que peut amener la maitrise technique.
Est-ce cette constante contradiction qui dérange ?
Serait-il possible que l’artiste aie touché au divin, par l’imperfection même de sa réalisation ?